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Beaune – Le Jugement dernier retrouve sa mobilité : quand le fac-similé fait revivre le retable tel qu’il était conçu

Beaune – Le Jugement dernier retrouve sa mobilité : quand le fac-similé fait revivre le retable tel qu’il était conçu

À l’occasion des Journées européennes du patrimoine, le fac-similé du Jugement dernier de Rogier van der Weyden, installé dans la chapelle de la salle des Pôvres, permet de retrouver une caractéristique aujourd’hui disparue : la mobilité du polyptyque. Ouvert et refermé comme un immense livre, il révèle une autre manière de découvrir l’œuvre, au plus près de sa fonction originelle.

À l’occasion des Journées européennes du patrimoine, placées cette année sous le thème « Patrimoine en péril : raviver, résister, réimaginer », l’Hôtel-Dieu de Beaune a proposé samedi une rencontre autour du Jugement dernier de Rogier van der Weyden. Présenté dans la chapelle de la salle des Pôvres, son fac-similé permet notamment de retrouver une dimension aujourd’hui disparue de l’œuvre : sa mobilité. Ouvert, fermé, puis déployé comme un immense livre, le retable peut ainsi être observé dans une configuration proche de celle imaginée au XVe siècle.

Un retable conçu pour bouger
Aujourd’hui présenté de manière fixe, le Jugement dernier de Rogier van der Weyden avait été conçu comme un ensemble mobile. Ses panneaux pouvaient être ouverts ou refermés selon les temps liturgiques et les moments de prière. Une caractéristique essentielle pour comprendre la fonction de l’œuvre, que le fac-similé installé dans la chapelle de la salle des Pôvres permet aujourd’hui de retrouver.
Fermé, le retable présente une configuration différente de celle visible lorsqu’il est déployé. Puis les panneaux s’ouvrent progressivement, comme les pages d’un immense livre, jusqu’à révéler la scène monumentale du Jugement dernier.
« C’est exceptionnel d’avoir le fac-similé ici parce que l’œuvre n’a pas été vue comme ça depuis la Révolution française, avec cette mobilité et à son endroit d’origine », souligne l’équipe de l’Hôtel-Dieu.
Cette possibilité permet surtout de replacer le polyptyque dans sa fonction d’origine. Au XVe siècle, il ne s’agissait pas d’une peinture destinée à être contemplée en permanence, mais d’un objet de dévotion intégré à la vie de l’hôpital. Dans la salle des Pôvres, où étaient accueillis les malades, l’image participait également à l’accompagnement spirituel.
Selon sa position, différentes scènes pouvaient ainsi être présentées. Lors des grandes occasions liturgiques, le Jugement dernier se déployait, tandis que les panneaux refermés donnaient à voir notamment les fondateurs de l’Hôtel-Dieu, Nicolas Rolin et Guigone de Salins.

Une mobilité bouleversée par la restauration du XIXe siècle
Cette conception a été profondément modifiée lors de la grande restauration menée entre 1875 et 1878. Les restaurateurs ont alors scié dans leur épaisseur les six panneaux peints sur leurs deux faces. Cette intervention a permis de présenter séparément les différentes configurations du retable, mais a aussi fait disparaître sa mobilité originelle. Depuis, le polyptyque n’a plus retrouvé cette possibilité de mouvement.
La future restauration offre aujourd’hui l’occasion de se pencher à nouveau sur cette question. Les spécialistes cherchent notamment à comprendre comment les panneaux et leurs encadrements étaient agencés à l’origine et selon quelle mécanique l’ensemble pouvait être ouvert et refermé.
C’est dans ce contexte que le fac-similé prend une dimension particulière. Contrairement à l’original, il peut être manipulé sans mettre en jeu sa conservation. Les différentes configurations peuvent donc être testées et observées, offrant aux chercheurs un support concret pour leurs hypothèses.
La reproduction devient ainsi à la fois un outil de recherche et de médiation : elle ne restitue pas seulement l’apparence de l’œuvre, mais permet de s’interroger sur son fonctionnement.

Comme un livre
Dans la chapelle de la salle des Pôvres, la démonstration prend tout son sens. Le fac-similé peut être présenté fermé avant d’être progressivement déployé. « On peut l’ouvrir comme un livre et déployer toute la narration de la scène représentée », explique Sandrine Allard-Saint-Albin, responsable de l’Hôtel-Dieu.
Le geste permet également de retrouver la monumentalité du retable dans son contexte d’origine. Les différents panneaux ne sont plus perçus comme des éléments séparés, mais comme un ensemble qui se déploie autour du Christ, de l’archange saint Michel et de la représentation des âmes promises au paradis ou condamnées à l’enfer, tout en gardant en toile de fond les symboles des fondateurs, Nicolas Rolin et Guigone de Salins. Pour Adam Lowe, le fac-similé permet de retrouver l’œuvre dans son contexte, avec son volume, sa place et sa fonction.


Cette expérience intervient alors que l’original s’apprête à quitter Beaune pour rejoindre le Centre de recherche et de restauration des Musées de France (C2RMF), à Versailles, dans le cadre de sa future restauration.
Avant ce départ, une importante campagne d’étude a permis d’examiner les quinze panneaux, leurs supports, leurs cadres, les brocarts appliqués, les vernis et les traces laissées par les restaurations successives. Les recherches portent également sur la manière dont le polyptyque était articulé et utilisé à l’origine.
Le fac-similé permet donc de conserver à Beaune une présence de l’œuvre pendant son absence de quatre années, mais surtout d'en montrer une dimension que le retable original ne permet plus d’appréhender directement. Pendant plusieurs années, les visiteurs pourront ainsi découvrir non seulement ce que représente le Jugement dernier, mais aussi comment cette œuvre monumentale pouvait prendre vie au cœur de l’Hôtel-Dieu, il y a près de six siècles.

Jeannette Monarchi

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